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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/458

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pas dans notre camp, que nous étions tous des marchands d’une humeur paisible, & que nous ne voyagions que pour les affaires de notre commerce ; que nous n’avions pas songé à leur faire le moindre chagrin ; que par conséquent, ils feroient bien de chercher leurs ennemis autre part, & de ne nous pas troubler dans notre marche, ou bien que nous ferions tous nos efforts pour nous défendre & pour les faire repentir de leur entreprise.

Ils furent si éloignés de croire cette réponse satisfaisante, que le lendemain, au lever du soleil, ils approchèrent de notre camp pour le forcer ; mais quand ils en virent l’assiette, ils n’osèrent pas nous venir voir de plus près, que de l’autre côté du petit ruisseau qui couvroit notre front. Las ils s’arrêtèrent en nous étalant une si terrible multitude, que le plus brave de nous en fut effrayé. Ceux qui en jugèrent le plus modestement, crurent qu’ils étoient dix mille tout au moins. Après nous avoir considérés pendant quelques momens, ils poussèrent des hurlemens épouvantables en couvrant l’air d’un nuage de flèches. Nous nous étions heureusement assez bien précautionnés contre un pareil orage ; nous nous cachâmes derrière nos balots, & si je m’en souviens bien, aucun de nous ne fut blessé.