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sonnes, qu’ils prévoyoient devoir s’augmenter en peu de jours jusqu’au nombre de cent mille ames.

Le gouverneur Russien leur envoya des gens pour tâcher des les appaiser, & leur donna les meilleurs paroles imaginables ; il les assura qu’il ignoroit absolument toute cette affaire, & qu’il étoit sûr qu’aucun soldat de la garnison n’avoit été hors de la ville pendant toute la nuit ; que certainement cette violence n’avoit pas été commise par ses gens, & qu’il puniroit exemplairement les coupables, s’ils pouvoient les lui indiquer. Ils répondirent avec hauteur que tout le pays d’alentour avoit trop de vénération pour le grand Cham-Chi-Thaungu, qui demeure dans le soleil, pour détruire sa statue ; que personne ne pouvoit avoir commis de crime, que quelque mécréant de chrétien, & que pour en tirer raison ils lui annonçoient la guerre aussi-bien qu’à tous les Russiens, qui n’étoient tous que des chrétiens & des mécréans.

Le gouverneur dissimula l’indignation que lui donnoit un discours si insolent, pour n’être pas la cause d’une rupture avec ce peuple conquis, que le Czar lui avoit ordonné de traiter avec douceur & avec honnêteté. Il continua à les traiter d’une manière très-civile ; & pour détourner leur ressentiment de dessus sa garnison,