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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/445

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le gouverneur n’auroit garde de vous livrer à leur rage ; ce seroit en quelque sorte être lui-même votre meurtrier. « Eh ! comment croyez-vous que ces malheureux me traiteroient, lui dis-je » ? Je vous dirai, répartit-il, comment ils ont traité un pauvre Russien qui les avoit insultés dans leur culte honteux, comme vous avez envie de faire. Après l’avoir estropié avec une flèche, pour le rendre incapable de s’enfuit, ils le mirent nud comme ma main, le posèrent sur leur idole ; & l’ayant environné de toutes parts, ils tirèrent tant de flèches dans son corps qu’il en fut tout hérissé ; ensuite ils mirent le feu au bois de toutes ces flèches, & de cette manière ils l’offrirent comme un sacrifice à leur divinité. « Étoit-ce la même idole, lui dis-je » ? Oui, me répondit-il, c’étoit justement la même. Là-dessus je lui fis l’histoire de ce qui étoit arrivé à mes Anglois à Madagascar, qui, pour punir le meurtre d’un de leurs compagnons, avoient saccagé toute une ville & exterminé tous les habitans, & je lui dis qu’il seroit juste qu’on fît de même à ceux de cet abominable village, pour venger la mort de ce pauvre chrétien.

Il écouta mon récit fort attentivement : mais quand il entendit parler de traiter de même les gens de ce village, il me dit que je me trompois fort en croyant que le fait fût arrivé là ; que