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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/434

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& qui adorent les élémens, les monstres & les plus vils animaux, ou du moins, qui en adorent les images. Jusqu’ici nous n’avions passé par aucune ville qui n’eût ses pagodes & ses idoles, & où le peuple insensé ne profanât l’honneur dû à la divinité, en le rendant à l’ouvrage de ses propres mains.

Nous étions arrivés, du moins alors, dans un pays, où l’on voyoit le culte extérieur de la religion chrétienne, où l’on fléchissoit les genoux au nom de Jésus-Christ, & où le christianisme passoit pour la véritable religion, quoiqu’elle y fût déshonorée par la plus crasse ignorance. J’étois charmé d’en remarquer au moins quelques traces, & dans l’extase de ma joie, je fus trouver ce brave marchand Écossois, & dont j’ai fait plusieurs fois mention, pour mêler ma satisfaction avec la sienne ; & le prenant par la main : « le ciel soit béni, lui dis-je : nous avons le bonheur de nous trouver parmi des chrétiens ». Ne vous réjouissez pas si vîte, me répondit-il en souriant : ces Moscovites-ci, sont d’assez étranges chrétiens ; ils en ont le nom tout au plus, & vous n’en trouverez guère la réalité, qu’après un bon mois de marche.

« Tout au moins, repris-je, leur religion vaut mieux que le paganisme, & que le culte qu’on adresse au diable ». Il est vrai, me dit-il, mais