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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/42

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& des mains en font toute la variété ; mais un excès de joie, sur-tout d’une joie subite, emporte l’homme à un nombre infini d’extravagances opposées l’une à l’autre.

Quelques-uns de ces pauvres gens étoient noyés de larmes ; d’autres, furieux, déchiroient leurs habits, comme s’ils avoient été dans le plus cruel désespoir ; les uns paroissoient fous à lier, ils couroient çà & là, frappoient du pied & se tordoient les mains ; les autres dansoient, chantoient faisoient des éclats de rire, & poussoient des cris de joie ; ceux-ci étoient tout stupéfaits, étourdis & incapables de prononcer une parole : ceux-là étoient malades, & sembloient prêts à tomber en foiblesse. Enfin le moindre nombre faisoit le signe de la croix, & remercioit dieu de sa délivrance.

Je ne rapporte par cette dernière circonstance pour donner mauvaise opinion d’eux ; je ne doute pas que dans la suite ils n’ayent rendu graces au ciel du fond de leur ame : mais ils étoient au commencement si passionnés, qu’ils n’étoient pas les maîtres de leurs mouvemens & de leurs pensées ; ils étoient plongés dans une espèce de frénésie, & il y en avoit peu parmi eux qui eussent assez de force d’esprit pour être modérés dans leur joie.

Il se peut bien que leur tempérament contribuât