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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/404

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dre encore mieux des rayons du soleil, il avoit fait placer un grand parasol, qui ne représentoit pas mal un dais, & par conséquent qui contribuoit beaucoup à rendre ce spectacle pompeux. Il étoit renversé dans un grand fauteuil qui avoit de la peine à contenir le volume de sa grosse corpulence, & il étoit servi par deux esclaves femelles, qui apportoient les plats. Il y en avoit encore deux autres du même sexe, qui s’acquittoient d’un emploi que peu de gentilshommes Européens voudroient exiger de leurs domestiques. L’une qui lui mettoit la soupe dans la bouche avec une cuillier, pendant que l’autre tenoit l’assiette, & ramassoit les bribes qui tomboient de la barbe & de la veste de taffetas de sa seigneurie. Ce noble cochon croyoit au-dessous de lui de se servir de ses propres mains, dont nos Rois font usage dans de pareilles occasions, plutôt que de se laisser approcher par les doigts de leurs domestiques.

Je ne pouvois m’empêcher de réfléchir sur les peines ridicules où l’orgueil des hommes les jette, & sur l’embarras où un homme qui a le sens commun, se doit trouver quand il se sent un penchant malheureux pour la vanité. Fatigué enfin de voir la fatuité de ce pauvre animal qui s’imaginoit que nous étions extasiés d’admiration, dans le tems que nous le regardions d’un