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il y avoit une trentaine de gens qui le suivoient de cette manière, & qui lui payoient tout ce que le peuple lui fournissoit pour rien.

Nous fûmes vingt-cinq jours en chemin avant que d’arriver à Pékin. Le pays que nous traversâmes est à la vérité extrêmement peuple, quoiqu’assez mal cultivé. L’économie de ces gens est fort peu de chose, & leur manière de vivre misérable, comparée à la nôtre. Il est vrai que ces malheureux, dont on vante tant l’industrie, ne sentent pas leur misère, & se croient assez heureux, parce qu’ils n’ont pas seulement l’idée du bonheur dont jouissent les sujets chez les nations bien policées de notre Europe. L’orgueil des Chinois est extraordinaire, & n’est surpassé que par leur pauvreté, à laquelle ils mettent le comble. À mon avis, les sauvages de l’Amérique sont plus heureux que ces gens-ci. Ils n’ont rien, mais ils ne desirent rien, au lieu que les Chinois sont superbes & insolens au milieu de leur gueuserie. Il n’est pas possible d’exprimer leur ostentation, qu’on remarque sur-tout dans leurs habits, dans leurs bâtimens, dans le nombre de leurs esclaves ; & ce qu’il y a de plus ridicule, dans le mépris qu’ils affectent pour toutes les autres nations.

J’avoue que dans la suite j’ai voyage avec plus d’agrément dans les affreux déserts de la grande