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pays ; sans compter que peut-être y trouverions-nous quelque jonque chinoise, ou quelque bâtiment de Tunquin, pour nous ramener avec tout ce qui nous appartenoit. Charmé de cette nouvelle, je pris la résolution d’y attendre cette occasion, & comme j’étois sûr qu’on n’en vouloit point à nos personnes, qui ne pouvoient pas être suspectes hors du vaisseau, nous pouvions espérer même de trouver là quelque vaisseau anglois ou hollandois, qui voudroit bien nous mener dans quelqu’autre endroit des Indes, plus proche de notre patrie.

En attendant, nous trouvâmes bon de nous divertir un peu, en faisant trois ou quatre petits voyages dans le pays. Nous en fîmes un, entr’autres, long de dix journées, pour aller voir Nanquin ; c’est une ville qui mérite bien la peine d’être vue. On dit qu’il y a un million d’ames, ce que j’ai bien de la peine à croire. Elle est bâtie fort régulièrement, toutes les rues en sont tirées au cordeau, & se croisent les unes les autres, ce qui en augmente extrêmement la beauté.

Mais quand je compare les peuples de ce pays-là, leur manière de vivre, leur gouvernement, leur religion, leur magnificence, à ce qu’on voit de plus remarquable dans l’Europe, je dois avouer que tout cela ne vaut pas la peine d’en parler, bien loin de mériter les