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Le premier service que nous rendit notre pilote, ce fut de nous faire connoissance avec trois missionnaires, qui s’étoient arrêtés là quelque tems pour convertir les habitans du lieu. Il est vrai qu’ils avoient fait de leurs prosélytes une assez plaisante sorte de chrétiens ; mais c’étoit-là leur affaire, & non pas la nôtre. Parmi ces messieurs il y avoit un prêtre François, fort joli homme, de bonne humeur, d’une conversation fort aisée. Il s’appeloit le père Simon, & ses manières étoient bien éloignées de la gravité de ses deux compagnons, qui étoient, l’un Portugais, & l’autre Génois. Ils étoient d’une grande austérité, & sembloient prendre extrêmement à cœur l’ouvrage pour lequel on les avoit envoyés, occupés continuellement à s’insinuer dans l’esprit des habitans, & à trouver moyen de lier conversation avec eux.

Nous avions le plaisir de manger souvent avec ces religieux, & d’apprendre par-là leur manière de prêcher l’évangile aux payens. Il est certain que ce qu’ils appeloient la conversion des Chinois, étoit fort éloigné de mériter un titre si magnifique ; tout le christianisme de ces pauvres gens ne consiste guères qu’à savoir prononcer le nom de Jésus-Christ, à dire quelques prières adressées à la Vierge & à son Fils, dans un langage qui leur est inconnu, & à faire le signe de la croix.