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des gens qu’on venoit de décharger d’un pesant fardeau.

Dès que nous fûmes à terre, notre vieux pilote, qui avoit conçu beaucoup d’amitié pour nous, nous trouva un logement & un magasin, qui dans le fond ne faisoient ensemble que le même bâtiment. C’étoit une petite cabane jointe à une hutte spacieuse, le tout fait de cannes & environné d’une palissade de ces grandes cannes, appelées bambous dans les Indes. Cette palissade nous servoit beaucoup pour mettre nos marchandises à l’abri de la subtilité des voleurs, dont il y a une assez grande quantité dans ce pays-là. D’ailleurs, le magistrat du lieu nous accorda, pour plus grande sûreté, une sentinelle qui faisoit la garde devant notre magasin, avec une espèce de demi-pique à la main. Nous en étions quittes, en donnant à cette sentinelle un peu de riz & une petite pièce d’argent ; ce qui ne montoit, tout ensemble, qu’à la valeur de trois sols par jour.

Il y avoit déjà du tems que la foire dont j’ai parlé étoit finie : cependant il y avoit encore dans la rivière trois ou quatre jonques chinoises, avec deux bâtimens japonois, chargés de denrées, qu’ils avoient achetées dans la Chine ; & ils n’avoient pas fait voile jusqu’alors, parce que les marchands étoient encore à terre.