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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/382

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crime pour lequel je n’avois jamais eu le moin-penchant, bien loin d’en être coupable !

Quelquefois des pensées pieuses succédoient à ces considérations chagrinantes ; je me mettois dans l’esprit, que si je tombois dans ce malheur que je craignois si fort, je devois considérer ce désastre comme un effet de la Providence, qui, malgré mon innocence dans le cas présent, pouvoit me punir pour d’autres crimes, & que j’étois obligé de m’y soumettre avec humilité, de la même manière que si elle avoit trouvé à propos de me châtier par un naufrage, ou par quelqu’autre malheur qui eût du rapport avec ma vie errante.

Il m’arrivoit encore assez souvent d’être excité par ma crainte, à prendre des résolutions vigoureuses ; je ne songeois alors qu’à combattre jusqu’à la dernière goutte de mon sang, plutôt que de me laisser prendre par des gens capables de me massacrer de sang froid.

Il vaudroit encore mieux pour moi, disois-je en moi-même, d’être pris par des sauvages, & leur servir de nourriture, que de tomber entre les mains de ces gens, qui peut-être seront ingénieux dans leur cruauté, & qui ne me ferons mourir, qu’après m’avoir déchiré par la torture la plus violente. Quand j’ai été aux mains avec