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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/361

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barbares sur les bras : déjà deux de leurs barques avoient abordé notre pinasse, & se saisissoient de nos gens comme de leurs prisonniers.

Le premier sur qui ils mirent la main étoit un Anglois, garçon aussi brave que robuste : il avoit un mousquet à la main ; mais au lieu de s’en servir, il le jeta dans la chaloupe ; ce que je pris d’abord pour une imprudence, qui alloit jusqu’à la stupidité : mais il me désabusa bientôt ; car il prit le drôle qui l’avoit saisi, par les cheveux, & l’ayant tiré de sa barque dans la nôtre, il lui coigna la tête contre un des bords de la chaloupe, d’une telle force, qu’il lui en fit sortir la cervelle dans le moment.

En même tems un Hollandois, qui étoit à côté de lui, ayant pris le mousquet par le canon, en fit le moulinet de si bonne grace, qu’il terrassa cinq ou six des ennemis qui vouloient se jeter dans la chaloupe.

Ce n’en étoit pas assez pour repousser trente ou quarante hommes, qui se jetoient avec précipitation dans la pinasse, où ils ne s’attendoient à aucun danger, & où il n’y avoit que cinq hommes pour la défendre. Mais un accident des plus burlesques nous donna une victoire complette.

Notre charpentier se préparant à suivre[1] & à

  1. Enduire de suif.