Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/348

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Quoiqu’il fût extrêmement surpris de cet ordre, il ne laissa pas d’appeler le capitaine, & de le lui communiquer ; & quoique la marée ne fût pas encore tout-à-fait haute, favorisés d’un vent frais qui venoit de terre, nous ne laissâmes pas de mettre à la voile. Je fis venir ensuite mon associé dans la hutte ; je lui dis tout ce que je savois de cette histoire, & les deux nouveaux venus en racontèrent le reste.

Comme ce récit demandoit du tems, un des matelots vint dire, de la part du capitaine, que cinq chaloupes fort chargées de monde nous donnoient la chasse ; ce qui nous fit voir évidemment que l’avis que nous avions reçu n’étoit que trop bien fondé. Là-dessus je fis assembler tout l’équipage, & je l’instruisis du dessein qu’on avoit formé de prendre notre vaisseau, & de nous traiter tous comme des pirates ; & je leur demandai s’ils étoient résolus à se défendre. Ils répondirent tous avec allégresse, qu’ils vouloient vivre & mourir avec nous.

Comme j’étois du sentiment qu’il falloit se battre jusqu’à notre dernier soupir, je voulus savoir du capitaine ce qu’il falloit faire pour nous défendre avec succès. Il me dit qu’il seroit bon de tenir les ennemis en respect avec notre artillerie, tant que nous pourrions ; qu’ensuite il falloit leur donner des bonnes salves de mous-