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résolus d’abandonner le navire. Eh bien ! répliqua le capitaine, si vous êtes tous dans cette intention ; j’irai parler à mon oncle tout seul. Il le fit, & il vint justement dans le tems qu’on venoit de me faire le compliment ridicule dont j’ai parlé.

J’étois ravi de le voir ; car j’avois craint qu’ils ne l’emprisonnassent, & qu’ils ne s’en allassent avec le navire : ce qui m’auroit forcé à demeurer-là seul, sans argent, sans hardes, & dans une situation plus terrible que celle je m’étois trouvé autrefois dans mon île.

Heureusement ils n’avoient pas poussé leur insolence jusques-là & lorsque mon neveu me raconta qu’ils avoient juré de s’en aller tous si je rentrois dans le vaisseau, je lui dis de ne s’en point embarrasser, & que j’étois résolu de rester à terre ; qu’il eût soin seulement de me faire apporter mes hardes & une bonne somme d’argent, & que je trouverois bien le moyen de revenir en Angleterre.

Quoique mon neveu fût au désespoir de me laisser-là, il vit bien qu’il n’y avoit pas d’autre parti à prendre. Il retourna à bord & dit à ces gens, que son oncle avoit cédé à leur importunité, & qu’on n’avoit qu’à m’envoyer mes hardes. Ce discours calma tout cet orage ; l’équipage se rangea à son devoir ; il