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Les autres étoient hors de sens, à force d’être effrayés, & ne songeoient qu’à s’éloigner, sans se mettre en peine de leurs camarades, dont les canots avoient été coulés à fond, ou ruinés par notre canon. Leur perte, par conséquent, doit avoir été considérable. Nous n’en prîmes qu’un seul, qui nâgeoit encore dans la mer une heure après le combat.

Leur fuite fut si précipitée, que dans trois heures ils furent absolument hors de la portée de nos yeux, excepté trois ou quatre canots qui faisoient eau, selon toute apparence, & qui ne pouvoient pas suivre le gros avec la même rapidité.

Notre prisonnier étoit tellement étourdi de son malheur, qu’il ne vouloit ni parler, ni manger, & nous crûmes tous qu’il se vouloit laisser mourir de faim. Je trouvai pourtant un moyen de lui faire revenir la parole, en faisant semblant de le faire rejeter dans la mer, & de le remettre dans l’état où on l’avoit trouvé, s’il vouloit s’obstiner à garder le silence. On fit plus, on le jeta effectivement dans la mer, & l’on s’éloigna de lui. Il suivit la chaloupe en nageant, & y étant rentré à la fin, il devint plus traitable, & commença à parler, mais dans un langage dont personne de nous ne pouvoit pas entendre un seul mot.