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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/28

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vents balottent à leur gré ; ma tête s’ouvroit de nouveau aux courses & aux aventures ; tous mes amusemens innocens, mes terres, mon jardin, ma famille, mon bétail, qui m’avoient donné une occupation si satisfaisante, n’avoient plus rien de piquant pour moi. C’étoit de la musique pour un homme qui n’avoit point d’oreilles, & des mets pour un malade dégoûté & sans appétit. Cette triste insensibilité, pour tout ce qui m’avoit procuré quelque tems auparavant les plus doux plaisirs, me fit prendre le parti d’abandonner la campagne, & de retourner à Londres.

Le même ennui m’y accompagne : je n’y avois aucune affaire ; j’y courois çà & là, sans dessein, comme un homme désœuvré, de qui on peut dire qu’il est absolument inutile parmi tous les êtres créés, & dont la vie & la mort doivent être également indifférentes pour les autres hommes.

C’étoit aussi, de toutes les situations de la vie humaine, celle pour laquelle j’avois le plus d’aversion, accoutumé comme j’étois depuis ma plus tendre jeunesse à une vie active. A mon avis, les paresseux sont la lie du genre humain ; aussi je croyois ma conduite présente infiniment moins conforme à l’excellence de ma nature, que celle que j’avois tenue dans mon île, en employant un mois entier pour faire une planche.

Au commencement de l’année 1693, mon