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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/279

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de l’est ; sans qu’il nous fût possible de savoir si c’étoit le continent ou des îles. Vers le soir nous vîmes la mer, du côté de la terre, toute couverte de quelque chose de noir, que nous ne pûmes pas distinguer ; mais notre contre-maître étant monté dans le grand mât, avec une lunette d’approche, se mit à crier que c’étoit toute une armée. Je ne savois pas ce qu’il vouloit dire avec son armée, & je le traitai d’extravagant. « Ne vous fâcher pas, Monsieur, dit-il, c’est une armée navale, je vous en réponds. Il y a plus de mille canots, & je les vois distinctement venir tout droit à nous. »

Je fus un peu surpris de cette nouvelle, aussi-bien que mon neveu le capitaine, qui avoit entendu raconter dans l’île de si terribles choses de ces sauvages, & qui n’ayant jamais été dans ces mers, ne savoit qu’en penser. Il s’écria deux ou trois fois, que nous devions nous attendre à être dévorés. J’avoue que voyant la mer calme, & le courant qui nous portoit vers le rivage, je n’étois pas sans frayeur. Je l’encourageai pourtant, en lui conseillant de laisser tomber l’ancre aussi-tôt qu’il verroit inévitable d’en venir aux mains avec ces Barbares.

Le calme continuant, & cette flotte étant