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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/270

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femme, que je saurois m’empêcher d’en rapporter encore une particularité remarquable & fort instructive.

J’ai raconté ci-dessus à quelle extrémité elle avoit été réduite quand sa maîtresse mourut de faim, dans le malheureux vaisseau que nous avions rencontré en pleine mer.

Causant un jour avec elle sur la fâcheuse situation où elle s’étoit trouvée alors, je lui demandai si elle pouvoit me donner une idée de ce qu’elle avoit senti dans cette occasion, & me faire comprendre ce que c’est que mourir de fail. Elle me dit qu’elle croiyoit qu’oui ; & voici comme elle me détailla toute cette description.

Après avoir souffert beaucoup pendant presque tout le voyage, par la disette des vivres, il ne nous resta rien à la fin qu’un peu de sucre, un peu de vin & un peu d’eau. Le premier jour que je n’avois pris aucune nourriture, je me trouvai, vers le soir, un grand vide dans l’estomach, avec de grandes douleurs ; & à l’approche de la nuit, je me sentis fort endormie, & je ne cessai de bâiller ; ayant pris un verre de vin, je me mis sur un lit, & ayant dormi environ trois heures, je me trouvai un peu rafraîchie. Après avoir veillé trois autres heures, environ les cinq heures du matin, je sentis les mêmes