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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/258

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devoit bien prendre garde de ne pas deshonorer cette faveur du ciel ; & que s’il se négligeoit là-dessus, il pourroit voir une payenne se sauver, & l’instrument de son salut rejeté.

Il y ajouta un grand nombre d’autres excellentes leçons, & les recommandant l’un & l’autre à la bonté divine, il leur donna sa bénédiction de nouveau ; se servant toujours de moi comme de son interprète ; c’est ainsi que finit toute la cérémonie. Je puis dire que ce jour-là a été le plus agréable que j’aie passé de ma vie.

Pour mon religieux, il n’étoit pas encore à bout de tous ses pieux desseins ; ses pensées continuoient toujours à rouler sur la conversion des trente-sept sauvages, & il seroit resté de tout son cœur dans l’île pour y travailler ; mais je lui fis voir que son entreprise étoit impraticable, & que je trouverois peut-être un moyen de la faire réussir sans qu’il fût besoin qu’il s’en mêlât.

Ayant ainsi réglé les affaires de mon île, je me préparois à retourner à bord du vaisseau, quand le jeune Anglois que j’avois tiré du bâtiment affamé, vint me dire qu’il avoit appris que j’avois un ecclésiastique avec moi ; que, par son moyen, j’avois marié les Anglois formellement avec les femmes sauvages ; il ajouta qu’il savoit un autre mariage à faire entre deux chrétiens, qui pourroit bien ne m’être pas désagréable.