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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/219

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risque de ne savoir plus à quoi s’en tenir, si l’on avoit tâché de lui donner d’autres idées ; bien persuadé que, quelque chose qu’on pût lui dire, il ne se mettroit jamais dans l’esprit, que son bon maître étoit un hérétique, & devoit être damné. De nouvelles instructions auroient pu être le vrai moyen de le faire renoncer à ses principes, & de le rejeter dans l’idolâtrie.

Une pensée, qui me vint tout d’un coup, me tranquillisa ; je déclarai à mon religieux que je ne pouvois pas dire avec sincérité, que j’étois prêt à me défaire de Vendredi, par quelque motif que ce pût être, quoique naturellement je ne dusse pas me faire une affaire de sacrifier un domestique à cette charité à laquelle il sacrifioit sa vie même ; que ce qui m’en détournoit le plus étoit la persuasion où j’étois que Vendredi ne consentiroit jamais à me quitter, & que je ne pouvois pas l’y forcer sans une injustice criante, puisqu’il y auroit une dureté affreuse à éloigner de moi un homme qui avoit bien voulu s’engager solemnellement à ne m’abandonner jamais.

Cette réponse l’embarrassa fort ; il lui étoit impossible de communiquer ses pensées à ces pauvres sauvages, pour qui son langage étoit aussi barbare que le leur l’étoit pour lui. Pour remédier à cet inconvénient, je lui dis que le père de Vendredi avoit appris l’espagnol, qu’il