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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/216

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près dans le même état dont la providence m’a tiré d’une manière si miraculeuse ».

Il m’avoua qu’il m’en coûteroit beaucoup si je voulois exécuter cette entreprise ; mais il s’en rapportoit à ma conscience, si le salut d’un si grand nombre d’ames ne valoit pas la peine que je hasardasse tout ce que j’avois dans le monde. N’ayant pas le cœur aussi touché de cette vérité que lui ; « je conviens, monsieur, lui dis-je, que c’est quelque chose de très-glorieux que d’être un instrument dans la main de dieu, pour convertir trente-sept payens à la connoissance de Jésus-Christ. Mais vous êtes un ecclésiastique, votre vocation particulière vous porte naturellement de ce côté-là, & je m’étonne qu’au lieu de m’y exhorter, vous ne songiez pas vous-même à l’entreprendre.

À ce discours il s’arrêta tout court, se plaça devant moi, & me faisant une profonde révérence ; je rends grâces à dieu & à vous, monsieur, me dit-il, de me donner pour une œuvre si excellente, une vocation si manifeste. Si vous croyez être dispensé d’y mettre la main par la situation où vous vous trouvez, & si vous voulez bien vous en fier à moi, je m’y mettrai avec la plus grande satisfaction, & je me croirai dédommage de tous les malheurs de mon triste voyage, en me voyant employé dans un dessein si glorieux.