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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/167

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assis à terre, le menton appuyé sur les genoux, & la tête soutenue par les deux mains.

Dès que nos gens furent éloignés d’eux de la distance de deux portées de mousquet, le gouverneur ordonna qu’on tirât deux mousquets sans balles pour leur donner l’allarme, & pour voir leur contenance. Il avoit envie de découvrir par-là s’ils étoient d’humeur à se battre encore, ou s’il étoient entièrement découragés par leur défaite. C’est selon ce qu’il découvriroit qu’il vouloit prendre ses mesures.

Ce stratagême réussit ; car dès que les sauvages eurent entendu le premier coup, & qu’ils virent le feu du second, ils se levèrent sur leurs pieds avec toute la frayeur imaginable, & ils s’enfuirent vers le bois, en faisant une sorte de hurlement que nos gens n’avoient pas encore entendu jusques-là, & dont ils ne purent pas deviner le sens. D’abord nos gens auroient mieux aimé que le tems eût été tranquille, & que leurs ennemis eussent pu se rembarquer ; mais ils ne considéroient pas alors que leur retraite pût être la cause d’une nouvelle expédition, & qu’ils seroient peut-être revenus avec des forces auxquelles il n’auroit pas été possible de résister, ou bien qu’ils auroient pu revenir si souvent, que la colonie, uniquement occupée à les repousser, auroit été obligée de périr de faim.