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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/143

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Là, on les fit travailler, quoiqu’ils n’eussent pas grand’chose à faire pour eux : & n’y prenant pas garde de si près, parce qu’ils n’en avoient guères besoin, ou qu’ils les trouvoient incapables de bien apprendre le labourage, ils s’apperçurent un jour qu’un des trois s’étoit échappé, & quelque recherche qu’on en fît, on n’en entendit plus parler dans la suite.

Tout ce qu’ils purent croire quelque tems après, c’est qu’il avoit trouvé le moyen de revenir chez lui avec les canots de quelques sauvages qui, par les motifs ordinaires, avoient fait deux mois après quelque séjour dans l’île.

Cette pensée les effraya extrêmement ; ils en conclurent, avec beaucoup de raison que, si ce drôle revenoit parmi ses compatriotes, il ne manqueroit pas de les informer que l’île étoit habitée. Par bonheur il n’avoit jamais été instruit du nombre des habitans, & de leurs différentes plantations. Il n’avoit jamais vu ni entendu l’effet de leurs armes à feu, & ils n’avoient eu garde de lui découvrir aucune de leurs retraites, telle que ma grotte dans la vallée, & la cave que les Anglois s’étoient creusée eux-mêmes.

La première certitude qu’ils eurent de n’avoir que trop bien conjecturé, c’est que deux mois après, six canots remplis chacun de sept, huit, ou dix sauvages sauvages, virent raser la côte septen-