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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/136

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étant, pour ainsi dire, toutes remplies de leurs meubles, de leurs outils, & de leurs provisions. Les trois vauriens avoient choisi l’endroit le plus éloigné, & les deux autres le plus voisin de mon château ; mais les uns & les autres vers le nord de l’île ; de manière qu’ils continuèrent à faire bande à part, & qu’il y avoit dans mon île le commencement de trois villes différentes.

Pour remarquer ici combien il est difficile aux hommes de pénétrer les secrets de la providence divine, il arriva justement que les deux honnêtes gens eurent en partage les femmes qui avoient le moins de mérite : au lieu que les trois scélérats, qui n’étoient bons à rien, incapables de faire du bien aux autres, & à eux-mêmes ; en un mort, qui ne valoient presque pas la peine d’être pendus, échurent à des femmes adroites, diligentes, industrieuses, & parfaitement bonne ménagères, je ne veux pas dire par-là que les autres fussent d’un mauvais naturel ; elle étoient toutes cinq également douces, patientes, tranquilles & soumises, plutôt comme esclaves, que comme femmes. Je veux seulement faire entendre que les deux dont il s’agit ici, étoient moins habiles que les autres, moins laborieuses & moins propres.

Je dois faire ici encore une remarque à l’honneur d’un esprit appliqué, & à la honte d’un naturel paresseux & négligent. Lorsque j’allai voir