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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/131

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fussent guères propres à relever les agrémens du beau sexe.

La vue de toutes ces nudités parut pécher extrêmement contre la bienséance, particulièrement aux Espagnols, qui, outre leur modération, leur intégrité & la douceur de leur naturel, se distinguoient encore par leur modestie ; d’ailleurs ils avoient toute la pitié possible de ces pauvres gens, les voyant dans la plus triste situation, & dans la plus mortelle inquiétude qu’on puisse s’imaginer, puisqu’ils s’attendoient à chaque moment à être traînés hors de la cabane pour être assommés, & pour servir d’un mets délicat à leurs maîtres.

Pour tâcher de les tranquilliser, ils ordonnèrent au vieux sauvage, père de Vendredi, d’aller voir s’il en connoissoit quelqu’une, & s’il entendoit quelque chose à leur langage. Le bon-homme le fit, les regarda fort attentivement, mais n’en reconnut pas un seul. Il avoit beau parler, personne ne comprit rien à ses paroles ni à ses signes, excepté une des femmes.

C’en étoit assez pour répondre au but des Espagnols, & pour les assurer que leurs maîtres étoient chrétiens, qu’ils avoient en horreur les festins de chair humaine, & qu’ils pouvoient être sûrs qu’on ne les égorgeroit pas.