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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/123

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prendre un des canots qui avoient servi à les transporter, & leur donner des armes & des munitions pour pouvoir se défendre, ils iroient chercher fortune dans le continent ; & qu’ainsi ils les délivreroient de l’embarras de leur fournir des provisions.

Les Espagnols n’auroient pas été fâchés d’en être défaits ; mais ils ne laissèrent pas de leur représenter charitablement qu’ils alloient se perdre de propos délibéré, & qu’ils savoient par leur propre expérience, sans avoir besoin d’un esprit de prophétie, qu’ils devoient s’attendre à mourir de misère dans le continent.

Ils répondirent, d’une manière déterminée, qu’il périroient tous dans l’île : car ils ne pouvoient ni ne vouloient travailler ; & que s’ils avoient le malheur d’être massacrés, ils mettroient par-là fin à toutes leurs misères ; que dans le fond ils n’avoient ni femmes ni enfans qui perdissent quelque chose par leur mort ; en un mot, qu’ils étoient résolus de partir, quand on leur refuseroit des armes.

Les Espagnols leur répliquèrent avec beaucoup d’honnêteté, que, s’ils vouloient suivre ce dessein absolument ils ne permettroient pas qu’ils le fissent sans avoir de quoi se défendre ; & que, malgré la disette d’armes à feu où ils