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les mesures pour se venger de leurs compatriotes, & se précipitèrent eux-mêmes dans de grands malheurs.

Ils avoient fait trois prisonniers, comme j’ai dit : c’étoient de jeunes gens, alertes & robustes, qui les servirent en qualité d’esclaves, & qui leur furent d’une grande utilité. Mais ils ne s’y prirent pas, pour gagner leur cœur, de la même manière dont j’avois usé avec Vendredi. Ils négligèrent de les rendre sensibles à l’humanité avec laquelle ils leur avoient sauvé la vie. Bien loin de leur donner quelques principes de religion, ils ne songèrent pas seulement à les civiliser, & à leur inspirer une conduite raisonnable par des instructions sages & accompagnées de douceur. Ils les nourrissoient, mais en recompense ils les employoient au travail le plus rude, & ils ne s’en faisoient servir que par force. De cette manière ils ne pouvoient pas compter sur eux quand il s’agiroit de hazarder leur vie pour leurs maîtres ; au lieu que Vendredo étoit homme à se précipiter dans une mort certaine, pour me tirer du danger.

Quoi qu’il en soit, toute la colonie paroissoit liée alors par une sincère amitié ; le péril commun en ayant banni pour un tems toute animosité particulière. Dans cette situation, ils se mirent unanimement à délibérer sur leurs intérêts, & la