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coupe après la quatrième syllabe ; chaque tirade est terminée par un petit vers hexasyllabique à finale féminine ; la plus grande partie du poème est assonancée et les parties rimées paraissent avoir subi un remaniement.

Ces caractères indiquent déjà une certaine ancienneté. À la vérité, M. Gautier (Épopées, 2e éd., I. p. 334, note ; IV, 21, note) croit qu’il y eut au xiiie siècle des poètes, qui composèrent des chansons de geste en assonances pour leur donner un caractère ancien et leur assurer ainsi un plus grand succès. Mais, pour la chanson de la Mort Aymeri, cette hypothèse nous semble peu probable si l’auteur avait employé cette forme archaïque pour donner un certain vernis d’antiquité à son œuvre et la faire accueillir avec plus de faveur, il faut avouer qu’il eut été mal inspiré, puisque, comme nous le verrons plus loin, tous les copistes de notre chanson dont nous pouvons actuellement apprécier le travail, sont d’accord pour faire disparaître autant que possible cette trace d’ancienneté.

Il est possible qu’au xiiie siècle, un trouvère ait composé une chanson de geste en rimes archaïques, pour relier son œuvre à d’autres poèmes plus anciens, déjà populaires, et pour permettre de rassembler dans, un même ms. tous ces poèmes, qui par la similitude de leur versification pouvaient passer pour un seul et même roman. Mais encore, croyons-nous, faut-il admettre qu’une semblable tentative ait été faite au moins au commencement du xiiie siècle : en effet, le ms. le plus ancien, qui peut remonter au dernier tiers