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dans la seconde partie de notre poème, sont les centaures de l’antiquité. Le mot sagittaire avait été employé dès les premiers temps du moyen âge pour désigner le monstre, moitié homme, moitié cheval, comme le montre Isidore de Séville : « Sagittarius vir equinis cruribus deformatus cui sagittam et arcum adjungunt... unde et Sagittarius est vocatus » (Étym., III, 165). On sait d’ailleurs combien furent répandues au moyen âge ces traditions sur les monstres que l’antiquité avait inventés, cyclopes, centaures, cynocéphales, pygmées et sirènes. Les monuments figurés, sculptures et miniatures, nous en présentent de nombreux spécimens et les encyclopédies d’Honorius d’Autun ou de Barthélemy de Glanvil, par exemple, compilations renfermant toutes les notions scientifiques du temps, contiennent de nombreux passages sur ces monstres.

On trouve surtout dans les bestiaires de nombreux articles consacrés aux centaures, aux onocentaures ou aux sagittaires : citons, entre autres, le bestiaire de Pierre le Picart, en prose du xiiie siècle, publié par le père Cahier dans ses Mélanges d’archéologie (t. IV, p. 76) :

Phisiologe nos dist que en l’une partie des desers d’Ynde sont une gent qui ont une corne ou front et sont homes salvages ; cele gent guerroient adès contre les Sagetaires et li Sagetaire contre eus...

Ce monstre a déjà été souvent introduit dans la poésie narrative du xiie siècle, et, dans le Roman de Troie, nous trouvons décrit de la façon la