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ce qui précède, voire un détail qui constitue une contradiction flagrante : tandis que, dans le chap. 16, p. 29, Uggiere déclare n’avoir jamais vu Ferragu, nous lisons dans le chap. 20 (pp. 41 et 42) qu’il s’était déjà mesuré avec lui ; et bientôt l’on remarque que l’auteur du Viaggio ne se fait pas faute d’abréger et d’interpoler son modèle. Il introduit un personnage inconnu de l’Entrée d’Espagne, un certain Sinagon, qui assiste Ferragu, dont il est le gouverneur (qualifié nutricatore, p. 40 ; bailone, p. 47) ; les guerriers chrétiens qui se mesurent d’abord avec Ferragu ne sont pas exactement les mêmes, et on y voit figurer notamment « Riccardo, duca di Normandia », avec des détails de fantaisie sur ce personnage (p. 43) ; le caractère humoristique d’Astolfo est poussé à la charge, et l’auteur en fait une manière de bouffon ; qui divertit Ferragu, mais que le païen n’admet pas à sa table comme les autres pairs : « ma tutta ora mangiava Astolfo in terra davante alle tavole come giocolardo » (p. 63) ; Roland fait allusion à un épisode surnaturel de la légende d’Aspremont qui manque dans l’Entrée (pp. 76-77) ; comme dans la Spagna en vers, Ferragu demande le baptême à ses derniers moments et conseille à Roland de revêtir ses armes pour tromper et tuer plus facilement non sa mère, il est vrai, mais sa sœur (pp. 80-82). Ce dernier épisode me persuade que l’auteur de Viaggio a connu la Spagna en vers et l’a imitée en la démarquant légèrement. Entre la prise de possession de Nàjera et le siège de Pampelune, notre auteur place le siège d’un château qu’il ne nomme pas, devant lequel l’armée reste sept jours, et où Astolfo combat victorieusement contre un géant (pp. 83-84).

Je ne poursuivrai pas plus loin la comparaison détaillée du Viaggio et de l’Entrée : je noterai seulement que