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la famine, avant d’en tenter l’assaut (ch. 9). Il laisse de côté toute une série de combats entre chrétiens et païens autour de Pampelune, et réduit à la plus simple expression les longs détails donnés par le Padouan sur la prise de Noble et le rôle de Bernard de Meaux : ce dernier est en partie remplacé par un « valletto » sans relief, et c’est l’un des pairs, Sanson de Picardie, qui est tué à sa place par la chute d’un bloc de pierre du palais de Noble (ch. 13). Les personnages secondaires sont souvent débaptisés ou perdent tout nom propre : le neveu de Ganelon à qui Charlemagne confie la régence devient Maccario (ch. 2), Gautier d’Orlin, un baron anonyme (ch. 12), le duc Herbert, chef des Allemands mutinés, Guglielmo di Cologna (ch. 9-10), le neveu du roi Malcuidant, Pélias, l’Amostante (ch. 16), Hugues de Blois, Ugone di Brava (ch. 18), le « convers » Aquilant, Pepagi (ch. 18-21) ; Dionès, fille du soudan de Perse, et l’ermite Sanson restent anonymes. Bien d’autres différences de détail pourraient être relevées, mais il n’importe. Le rôle de Roland, noblement humanisé par le Padouan, perd souvent de son prestige sous la plume du poète toscan qui cherche à divertir son auditoire populaire en peignant un héros qui prête à rire à l’occasion. Tandis que le Padouan fait un titre de gloire à son Roland d’avoir introduit les bonnes manières dans les festins, le Toscan ne craint pas de présenter le sien comme un condottiere famélique qui évoque, chez le lecteur moderne, le souvenir de Gargantua :

Tanto mangiò che fe’ maravigliare
Quanti pagani n’avieno il pensieri,
Tutti dicendo : « Maccone, che’l mondo guidi,
« Cosi mangiare mai niuno non vidi !
« Se fosse in arme tanto presto e dotto