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ses compagnons, et ils ne tardent pas à arriver en vue du camp de Pampelune, où leur présence est signalée par un fauconnier (ch. 21).

Tout en se renfermant dans le cadre tracé par l’auteur de l’Entrée d’Espagne, le poète toscan ne s’est pas astreint à une imitation servile des détails : il modifie, abrège et interpole au gré de sa fantaisie. Notons tout de suite qu’il est loin d’avoir l’esprit religieux de son modèle, et qu’il déboute saint Jacques de tout rôle dans l’expédition d’Espagne : si Charlemagne se décide à franchir les Pyrénées, c’est uniquement pour tenir la promesse qu’il a faite de placer la couronne d’Espagne sur la tête de son neveu. Les questions héraldiques le préoccupent plus encore que le Padouan : dans le chant 2, il blasonne sans se lasser les écus des principaux barons français qui entourent l’empereur. Il met en scène des personnages nouveaux : telle la mère de Ferragu, véritable Furie qui veille jalousement sur son fils et se réjouit sauvagement la pensée qu’elle pourra dépecer de ses propres mains le cadavre de Roland et lui manger le cœur (ch. 2-6) ; tels ces deux ambassadeurs français, Anselmo, comte de Flandre, et Alorino, envoyés par Charlemagne à Saragosse après la prise de Nájera, que Marsile fait tuer et dont les cadavres sont pendus au balcon de son palais (ch. 7). Il modifie sans scrupule, et contre toute vraisemblance, le caractère de Ferragu à ses derniers moments : le géant demande le baptême, que Roland lui confère avec de l’eau qu’il va puiser dans son heaume, et il lui conseille de revêtir sa propre armure, quand il aura rendu le dernier soupir, afin de tromper sa mère et de la tuer plus sûrement (ch. 5). Le poète raconte sérieusement que l’armée de Charlemagne resta sept ans sous les murs de Pampelune, cherchant à prendre la ville par