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tiendra une si grande place dans la poésie chevaleresque italienne [1]. C’est une heureuse création, d’autant plus méritoire que notre auteur n’a guère trouvé de modèles dans l’épopée française, où la caractéristique des personnages est d’une particulière faiblesse. Le Padouan s’est efforcé aussi de créer un peu de vie individuelle dans le monde païen, et il faut lui en savoir gré : si les trois frères qui se partagent l’Espagne, Marsile, Balegant et Falseron, n’ont rien de captivant, si Ferragu nous touche peu à cause de sa semi-monstruosité, Malgeris de Pampelune et son fils Isoré forment un pendant heureux en face de Charlemagne et de Roland. Dans la masse des personnages épisodiques, Folquenor de Noble et Landras de Combres sont particulièrement touchants : avant de les faire mourir devant Noble, le poète s’est complu à peindre l’amitié qui les lie en termes qui font penser à Virgile et qui évoquent le souvenir de Nisus et d’Euryale. Enfin le séjour de Roland en Orient a fait jaillir de l’imagination du Padouan tout un monde nouveau, où le soudan de Perse et sa femme, le roi Malcuidant et son neveu Pélias, sont des personnages conventionnels peu intéressants, mais où le jeune Sanson et sa sœur Dionés (rivale éphémère de la belle Aude) sont peints sous d’agréables couleurs.

  1. M. F. Castets a présenté d’intéressantes observations sur la genèse et révolution du caractère de ce personnage (Recherches déjà citées, p. 238 et ss.) ; cf. G. Paris, Hist. poét. de Charlemagne, p. 174, et L. Gautier ; Épopées franç., 2e éd., III, 177-9.