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Le rois vient apoignant, irez toz come graine,
A XXm François dont il fu cavetaine,
Qu’encui ferunt sanglant lor brant en carn humaine.
Carles fu devant toz si cler come funtaine ;
Son destrer fu covert d’un paile d’Aquitaine
A flor de lis d’or fin qe reluit por l’araine.
Si flamboie le roi come estoile diaine
De rices sorensaignes et d’armes d’uevre straine.
Loing et gros fu le rois sor tote gient autaine.
Le buen destrer l’emporte corant a mult grant paine.
En la prese se fiert come en foreste daine...
Veit ferir Cariuns, le rois de Sadremaine...
Parmi le cor i mist l’ensaigne soveraine ;
Dou cheval l’abat mort sens suns et sens alaine.
Ausi depart la presse come saiete vaine ;
Tot les plus furios de Saracins refraine ;
Cui il consuet un colp, mervoile ert s’il nel daine :
En breu en abati de morz une quinçaine
Qe mais en Pampelune ne laverunt a çaine [1].

Mais ces belles scènes sont rares. Pendant tout le combat de Roland contre Ferragu, le rôle de l’empereur est sacrifié et réduit à avoir de multiples accès d’un lâche et sénile attendrissement, qui se reproduisent plus tard et alternent fâcheusement avec des crises d’une cruauté à la fois astucieuse et brutale.

Il y a peu de chose à dire d’Olivier, le fidèle compagnon de Roland, toujours brave, dévoué et affectueux, un peu terne dans sa perfection même, malgré quelques scènes touchantes assez heureusement ménagées, mais sans grande originalité. En revanche, il faut faire honneur au Padouan de son personnage d’Estout, Estout le rampogneor, le railleur perpétuel, qui met une note de gaieté humoristique dans la trame sévère de l’Entrée d’Espagne, et qui plus tard, sous le nom d’Astolfo,

  1. Entrée d’Espagne, 8744-68.