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« Se je tant vivre dei, se Deu me benehie,
« Ja n’avra grant repois cels q’a Deu ne sorplie [1]. »

L’auteur n’est pas moins familier avec l’art de la guerre qu’avec les mystères de la religion chrétienne, et l’art de la guerre nous apparaît chez lui plus varié, plus raffiné que dans nos anciennes chansons de geste. Sans doute, il nous offre beaucoup de ces combats singuliers dont la description ne tranche guère sur la monotonie ordinaire d’un genre cher à nos anciens trouvères, mais il est plus habile qu’eux à faire mouvoir les corps d’armée et il a des préoccupations stratégiques qui leur sont inconnues. Aux cris de guerre qui éclatent dans la mêlée, toujours les mêmes pour chaque groupe de combattants, il joint le mot d’ordre, variant au jour le jour, qui assure la cohésion plus intime des effectifs engagés dans l’action, soit parmi les chrétiens, soit parmi leurs adversaires [2]. Il est particulièrement curieux d’enseignes et d’armoiries, et l’on pourrait puiser dans son œuvre les éléments d’un traité héraldique [3]. Il n’accorde pas moins d’attention aux travaux du génie qu’aux combats proprement dits ; il décrit la fortification d’un camp [4], les machines d’un siège [5] ; il connaît les effets du terrible feu grégeois [6]. La prise de Noble par Roland, dont tous les détails sont soigneusement réglés d’avance et dont les épisodes se développent avec un enchaînement logique, est un modèle achevé de récit militaire où

  1. Entrée d’Espagne, 15152 et ss.
  2. Ibid., 783, 4614, 6899, 6960, 7631, 8193, etc.
  3. Ibid., 904, 1671, 4365-83, 4834, 4896-7, 4912-14, 5051, 5064-5, 8845, 8870-1, 8896-7.
  4. Ibid., 7156-67.
  5. Ibid., 7202 et ss.
  6. Ibid., 9312, 9953.