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française, domine cependant dans le groupe des chansons de geste qui célèbrent les luttes de Charlemagne contre les Sarrasins. À ce point de vue, on peut dire que, chez lui, la Chronique de Turpin s’est superposée aux récits épiques proprement dits et les a plus fortement marqués de cette empreinte : l’Entrée d’Espagne est une véritable apologie du christianisme, et son principal héros, Roland, en est à la fois le porte-parole et le champion. Il suffit de rappeler les longues et nombreuses prières que l’auteur met dans la bouche du « campion de la Crestïenté [1] » soit au moment du combat, soit dans les situations variées qu’amène la suite de ses aventures, et les efforts théologiques qu’il lui prête pour convertir ses adversaires à la religion du Christ. Le combat avec Ferragu est particulièrement imprégné de cette piété et de ce prosélytisme débordants : Roland prie et prêche inlassablement avant, pendant et après (vv. 1632-65, 1780-90, 2134, 2416-7, 2578-91, 2986-3013, 3251-4, 3261-70, 3406-12, 3415-6, 3487-92, 3504-19, 3613-26, 3636-42, 3666-86, 3697-3725, 3734-55, 3760-2, 3770-92, 3809-16, 3819-22, 3826-45, 3862-78, 3890-3901, 3904-27, 3932-54, 3967-75, 4034-39, 4137-44).

Sans doute ici le Padouan s’inspire en partie du Pseudo-Turpin, et, d’autre part, les effusions pieuses de Roland rappellent celles d’Olivier aux prises avec Fierabras, d’Oger aux prises avec Brehier, et d’autres analogues ; mais la complaisance démesurée avec laquelle notre poète développe ce motif témoigne de l’intérêt qu’il y prend. Roland prie encore, et longuement, sur le bateau sarrasin qui l’emmène en Orient (vv. 11717-

  1. Entrée d’Espagne, 1556.