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s’évade des obligations qu’il a contractées vis-à-vis de son roi et de son dieu, pour s’élancer dans un monde nouveau où, fier de la valeur de son bras, il libère momentanément sa conscience de tout ce qui n’est pas honneur chevaleresque. Son patriotisme et sa foi se trouvent également paralysés. Il n’a aucun scrupule à se faire passer pour Sarrasin, et il semble s’accommoder fort bien de cette nouvelle situation. Après sa victoire sur Pélias, l’auteur nous le dépeint accompagnant le soudan de Perse et sa suite « au grant tenple Apollin », où les Païens

Davant Mahons orent et font enclin [1].

Le seul sentiment qu’il lui attribue alors est le regret de n’avoir pas, comme les autres, de riches offrandes à placer sur l’autel de Mahomet :

Je n’ai que ofrir, si me teing a farin [2].

Mais bientôt dans ce nouvel horizon se montre Jérusalem, et le sépulcre du Christ apparaît comme but au guerrier chrétien emporté par son ressentiment loin du chemin qui menait au tombeau de saint Jacques. Dès lors, ce voyage en Perse, qui ne nous a été présenté d’abord que comme le résultat d’un coup de tête, et qui ne semblait qu’un hors-d’œuvre sans rapport avec la première partie de l’Entrée d’Espagne, prend un autre caractère ; l’auteur en a si bien distribué et gradué les péripéties qu’il devient comme un pendant plus éclatant de cette première partie elle-même. Quand le Roland de l’Entrée d’Espagne revient à Pampelune faire amende

  1. Entrée d’Espagne, 13318-9.
  2. Ibid., 13324.