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magnus Saga nous a transmis la substance. Le Padouan nous présente, dès les premiers vers de l’Entrée d’Espagne, l’expédition au delà des Pyrénées comme l’accomplissement de la promesse faite par Charlemagne au moment des fiançailles de Roland et d’Aude qui termine Girard de Vienne :

Jel jurai soz Viene, en mé la praerie,
Quand de moi e Gerard fu la guerre finie
E fu la pulcelle Aude par Roland creantie [1].

Ailleurs, une allusion à Girard et à ses « Vïenois », qu’on a vu fuir « come bàtus borgois » (v. 5970) évoque le souvenir d’une guerre dont le dénouement ne concorde pas avec ce que nous apprend Girard de Vienne, et se rapporte vraisemblablement à la légende de Girard de Fraite. Il est probable qu’il en est de même pour l’allusion à « l’orgueilleux Girard » des vers 13273-76.

D’ailleurs, il serait merveilleux qu’aucune confusion ne se fût jamais produite dans les vastes lectures de l’auteur de l’Entrée d’Espagne, ou que son imagination n’eût jamais altéré ses souvenirs. Il a certainement lu Girart de Roussillon, cette rare perle de notre ancienne épopée, dont le manuscrit le plus fidèle faisait partie de la bibliothèque de Francesco Gonzaga (n° 48 de l’inventaire), et cette lecture lui a laissé une forte impression, témoin la vigoureuse évocation de la bataille de Valbeton qui se présente sous sa plume :

En Valbeton, ou fu l’asemblemant
Des Berguegnons e de la Franche gent...
N’i fo ester si greu ne si pesant
Com vos oirois, s’un petit plu vos çant [2].

  1. Entrée d’Espagne, 81-3.
  2. Ibid., 8358 et ss.