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d’Espagne, se heurte à bien des invraisemblances. Notons d’ailleurs que la Karlamagnus Saga contient, dans la branche V, un second récit de la prise de Noble qui ne concorde pas de tout point avec le premier [1].

Le nom de Pampelune ne figure pas dans la Chanson de Roland. On peut admettre que le Padouan a puisé dans la chronique de Turpin l’idée de donner à cette ville un rôle important dans son poème, tout en négligeant les détails que lui fournissait le récit latin. Dans l’énumération des renforts que Marsile envoie à Pampelune (vv. 7437 et ss.), on reconnaît d’autant plus facilement l’influence de la Chanson de Roland que beaucoup des chefs Sarrazins mentionnés par le Padouan sont ceux mêmes qui doivent jouer un rôle dans le combat de Roncevaux. Quant au roi Malgeris, que notre auteur fait régner à Pampelune, on peut croire — et la supposition a déjà été faite [2] — que c’est un des chefs païens de la Chanson de Roland sur qui il a jeté son dévolu, à savoir « Margariz de Sibilie ». En revanche, Isoré, fils du roi de Pampelune, qu’il a paré de si touchantes qualités, paraît avoir été inventé de toutes pièces, et c’est une de ses plus heureuses créations, rappelant, par plus d’un trait, le fils du roi Ago-

  1. Voir G. Paris, Hist. poét. de Charlemagne, pp. 263-5.
  2. Par M. F. Castets, Recherches sur les rapports des chansons de geste et de l’épopée chevaleresque italienne (1887), p. 235 ; cf. Prise de Pampelune, 1533-8 :

    Oï avés comant Maozeris l’aomensour
    S’en ala a Saragoze plein de duel e d’irour ;
    Il se pena pues tant, selong che di l’autour,
    Che Marsille le fist e cief e guieour
    De cinquante mil homes, tant li portoit amour ;
    Si li dona Sibille, tant oit de lui tendrour.