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la quête du saint Graal par Galaad et autres vaillants chevaliers de la Table Ronde [1], les exploits tardifs, et d’autant plus populaires alors, de Fébus le Fort [2].

Mais puisque l’Entrée d’Espagne, dans la pensée de son auteur, est une chanson de geste, il va de soi qu’il a dû chercher ses modèles dans le cycle national qui a produit les premiers monuments de ce genre. La Chanson de Roland occupe une place à part parmi ces modèles. Le Padouan ne l’a probablement pas connue sous la forme la plus ancienne, mais sous la forme amplifiée et interpolée qu’elle a prise de bonne heure en pénétrant en Italie. Dans la mesure où son plan le lui permettait, il a greffé son Entrée d’Espagne sur le tronc traditionnel, mais en gardant ses coudées franches vis-à-vis de la vieille chanson, comme vis-à-vis de la Chronique de Turpin. L’épisode de la prise de Noble, auquel il a donné une si grande place, et dont la conséquence est le départ de Roland pour l’Orient, peut être sorti d’une allusion qui se trouve au v. 1775 de la Chanson de Roland :

Ja prist il Noples seinz le vostre cumant.

Le Padouan a négligé les autres détails que donne le vieux poème, ce qui n’a rien de bien extraordinaire. Mais par quelle coïncidence singulière se trouve-t-il d’accord avec la première branche de la Karlamagnus Saga, qui rapporte précisément à cette prise de Noble le coup de gant appliqué par Charlemagne sur le nez de son neveu ? Il est difficile de le dire. L’hypothèse d’une chanson de geste perdue, qu’auraient connue concurremment l’auteur de la Karlamagnus Saga et celui de l’Entrée

  1. Entrée d’Espagne, 8728 et 9230.
  2. Ibid., 5428, 10088, 14917.