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notaire qui l’a inventorié. On pourrait tout aussi bien, et avec plus de raison, voir dans Minochio, mot dont on n’a pas trouvé trace ailleurs et qui semble peu propre à jouer le rôle de prénom, le nom de famille du continuateur, lequel aurait pu s’appeler Nicolas Minochio de Vérone. Dans ces conditions, il est sage de le laisser de côté et de s’en tenir, pour désigner le premier auteur de l’Entrée d’Espagne, au terme vague de Padouan dont l’authenticité nous est seule garantie.

C’est avec une pensée de pieuse édification que le Padouan a pris la plume, car, dès ses premiers mots, il dédie son œuvre à Jésus-Christ et à l’apôtre saint Jacques. Roland sera son héros, moins à cause de ses grands coups d’épée que par sa perfection morale qui apprendra à chacun des auditeurs

cum hom se doit pener
D’esamplir la loy Deu et as povres aider
Et li chevalers pobres an besoing visiter,
Les orfanes et les veves mantenir et saucer [1].

Le poète se réclame avant tout de la Chronique de Turpin [2], et il est assuré de faire son salut éternel en la versifiant en français pour la mettre à la portée de ceux qui ne savent pas le latin, car Turpin lui-même le lui a promis :

Savez por quoi vos ai l’estorie comencee ?
L’arcivesque Trepins, qi tant feri de spee,

  1. Entrée d’Espagne, 22-5.
  2. Sur cette célèbre composition, voir l’article capital de M. J. Bédier intitulé : La Chronique de Turpin et le pèlerinage de Compostelle, paru d’abord dans Ann. du Midi, XXIII (1911), 425-450, et XXIV (1912), 18-48, puis inséré dans Les légendes épiques..., t. III (1912), pp. 41-114.