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Page:Anonyme - Elie de Saint Gilles.djvu/199

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du cheval, et chaussa l’étrier, et sauta en selle. Quand le cheval commença à courir, Galopin tomba aussitôt à terre, et le cheval allait lui passer en courant sur le cou et la tête, quand, tout courroucé, Galopin le saisit par les rênes et l’emmena au plus vite avec lui ; et il maudit l’âme qui dans son enfance l’avait si mal élevé qu’il ne pouvait pas monter à cheval et ne le pourrait jamais.

(LVII)

Galopin cependant s’en va, et il a le cheval avec lui. Jubien dort d’un sommeil qui lui sera fatal : devant son lit pend son épée au pommeau d’or. Galopin attacha le cheval, et se hâta vers la tente ; et quand il arriva au lit de Jubien dormant, il saisit aussitôt l’épée et se la pendit à l’épaule ; puis il tira l’épée plus d’à moitié, et il lui vint à l’esprit de tuer Jubien ; mais il ne lui sembla pas bien de le tuer pendant son sommeil, et il le laissa dormir en paix ; il s’en alla avec le cheval et l’épée ; et avant que le seigneur Élie fût éveillé, le cheval qu’il désirait si fort posséder était arrivé.

(LVIII)

La nuit était passée et le jour levé ; et il y eut grand bruit dans l’armée de Jubien, quand les gens [1] s’aperçurent de l’absence du cheval, et ils coururent à la tente de Jubien avec cette nouvelle, et un païen lui dit : « Par ma foi, sire roi, tu dois être bien courroucé et affligé ! tu ne peux jamais plus faire seller Prinsaut d’Aragon ! » « Mahon puissant ! » dit le roi, « qui m’a fait ce grand tort ? » « Ainsi puissé-je jouir de la vie ! » dit le païen, « c’est le méchant gredin qui vint ici hier soir. Il n’a jamais été marchand ni messager d’autres pays ; c’est bien plutôt un mauvais larron et un traître espion, qui sait bien inventer mensonges et folies. Et il vous a volé aussi l’épée que le roi Gigant de Valterne vous avait donnée le jour que tu fis préparer un grand festin, et que Mahomet fut porté là-haut au sommet des rochers et

  1. C D ils.