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Page:Anonyme - Elie de Saint Gilles.djvu/164

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parla ainsi : « Païens, » dit-il, « chiens maudits ! Dieu nous donne de nous venger sur vous du mal que vous nous avez fait ! » Ernaud le barbu reprit : « Il ne me plaît pas de dire autre chose que ceci : prenons pour nous en servir les armes qui sont là, et ces bons chevaux, et partons pour aider ce vaillant guerrier, qui a tué nos ennemis et nous a délivrés de la mort qui nous menaçait. »

(XXI)

Maintenant voilà ces vaillants barons francs et libres de leurs maux, et joyeux de grande liesse. C’étaient les plus courtois et les plus braves chevaliers de tous les Français, en leur temps. Ils coururent aussitôt aux armes, et vêtirent leurs armures. Ils montèrent alors sur la colline et grimpèrent au haut d’une vigne et regardèrent autour d’eux, et ils reconnurent Élie, le bon et brave chevalier, qu’une grande masse de païens suivait et pourchassait, tant qu’il ne savait plus de quel côté pousser son cheval [1] ; et ils l’auraient vaincu et fait prisonnier, mais sire Guillaume d’Orange vint au plus vite à travers un vallon et quand ils arrivèrent au milieu des païens, on put voir leur vaillance, comment ils renversaient les païens de leurs chevaux, et les tuent, et abattaient leur orgueil. Ils en tuèrent tant que leur sang coulait, comme ferait une rivière. On put voir alors sire Bernard, le comte de Brusban, mordre sa barbe et tordre ses moustaches ; et les païens n’obtenaient jamais merci, quand ils étaient atteints par

  1. La phrase, depuis qu’une grande, est ainsi remplacée dans C B : comme il fuyait devant l’armée des païens, mais parfois il revenait [B il se tournait] contre eux [manque dans B], et tuait en grand nombre les païens les plus rapprochés de lui. Élie [B frappe ceux qui sont les premiers, et] arrive à une fondrière, presque impraticable. Là les païens furent si près de le prendre que quelques-uns l’avaient déjà devancé, et il ne pouvait d’aucun côté s’échapper avec son cheval. — D : et une masse de païens auprès de lui, et ils le poursuivaient et chassaient devant eux et en arrivant à une fondrière dangereuse à passer, ils l’avaient presque atteint.