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le fond de son invention. Afin de maintenir jusqu’au bout l’importance attribuée au personnage de Doon, il lui attribue l’initiative du siège de Cologne, ville qui joue du reste, dans F, un tout autre rôle que dans E, où elle est aux mains de Tomile, tandis que dans F les habitants ont juré fidélité à Pépin.

Un épisode entièrement de l’invention de l’auteur de F est celui qui nous montre le roi Pépin, fait prisonnier à la chasse par les « Saisnes » et sauvé, grâce à l’intervention rapide et courageuse de Landri, intervention d’autant plus méritoire que le roi s’était fort mal conduit à l’égard de la mère de Landri, qui était pourtant sa sœur, et à l’égard de Landri lui-même. Il semble bien (quoique la chose ne soit pas clairement expliquée dans E) que, déjà dans O2, Pépin se laissait corrompre par Tomile pour donner son consentement au mariage de la fille de celui-ci avec Doon ; il y avait également (voir plus haut, p. lxi, note 3) une scène assez violente où Landri victorieux faisait à Pépin des reproches sur sa conduite. C’est cette scène qui a donné à l’auteur de F l’idée d’ajouter l’épisode de Pépin tombé au pouvoir des « Saisnes » et sauvé par Landri [1]. On reconnait dans cette invention l’esprit féodal, qui aime à opposer au roi faible, lâche ou même félon, le dévouement et le courage du vassal, qui sauve le monarque indigne en quelque sorte malgré lui ; on peut citer notamment le Couronnement de Louis, ou plutôt l’ensemble des chansons sur Guillaume d’Orange, qui ont pour idée fondamentale, ainsi que l’a montré M. Bédier [2], l’antithèse

  1. Cet épisode est du reste très maladroitement amené, car on ne voit pas bien comment le roi, rentré en France au moment où il se querelle avec Landri (v. 1319 et suiv.), se trouve subitement près du Rhin (v. 4328 et suiv.), exposé à un coup de main des Saisnes, qui sont fixés de l’autre côté du fleuve et qui le traversent pour aller surprendre Pépin à la chasse.
  2. Les Légende épiques, I (1re édition), 280.