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mans, adversaire de Charles Martel en 730 ; plus loin (p. 374), il tente d’établir l’équation : Landri = Childéric [1]. — Une théorie qui s’appuie sur de pareils rapprochements se condamne elle-même. Les efforts infructueux de M. Benary ne peuvent que confirmer la manière de voir de M. F. Lot : Doon de La Roche ne contient d’autre donnée historique que le nom de Pépin le Bref, qui y figure comme frère de la femme calomniée de Doon ; l’œuvre elle-même est une fiction, dont nous pouvons analyser les éléments divers.

Le premier élément est l’histoire de la femme innocente, vertueuse, odieusement calomniée, puis humiliée et maltraitée par suite de cette calomnie. C’est là un thème fréquent dans la littérature du moyen âge ; la forme du récit qui se rapproche le plus de Doon est celle qui forme le début de l’histoire de la femme de Charlemagne accusée d’adultère, telle qu’elle se lit dans le poème franco-italien (déjà cité plus haut) de Macaire [2]. Dans ce poème, comme dans N — nous avons vu plus haut que, des trois versions essentielles de Doon, N est la seule qui présente un récit consistant de la machination — le traître, Macaire, est amoureux

  1. Landri provient, comme on sait, du germanique Landric et est différent de Landfrid. Les efforts pour rattacher Landri à Childéric (au moyen de formes qui se trouvent dans un manuscrit franco-italien de Venise !) sont tout aussi vains. Les raisonnements du savant allemand sur Landri, Plandris et Flandris (p. 362-364) ne sont pas plus solides ; de plus, Jean des Prés, que cite M. Benary, est une autorité bien tardive et suspecte. Le mémoire de M. Benary contient d’utiles remarques de détail, mais toute cette démonstration historique est complètement manquée.
  2. Le rapprochement a déjà été indiqué par G. Paris, La littérature franç. du moyen âge, § 27 (5e édit., Paris, 1914, p. 50) et par M. Benary, p. 314, n. 1. — La forme du récit, telle qu’elle se trouvait dans le poème plus récent de la Reine Sebile (œuvre perdue, mais qu’on peut reconstituer pour le fond) est altéré, ainsi que l’a déjà vu M. Pio Rajna, Origini dell’ epopea francese (Firenze, 1884), p. 180-182.