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français perdu, plus ancien et plus simple que la Reine Sebile, et où manquaient des scènes entières et des personnages qui se trouvent dans le poème plus récent [1]. Et ce poème lui-même était relativement ancien, puisqu’Aubri de Trois-Fontaines le connaît déjà. Le renouvellement supposé de notre poème ne serait donc pas un cas isolé.

Nous ne devons pas non plus nous étonner de voir la version primitive de Doon de La Roche entre les mains d’un traducteur anglais. Le public français d’Angleterre était conservateur dans ses goûts littéraires ; il se plaisait aux formes anciennes des poèmes, tandis que les renouvellements se succédaient sur le continent. Fait remarquable : ce sont des manuscrits écrits en Angleterre qui nous ont conservé la forme primitive, ou du moins très ancienne, de la Chanson de Roland, de la Chanson de Guillaume, du Pèlerinage de Charlemagne, de Gormont et Isembart. Le récit que nous a transmis la Karlamagnus-Saga est aussi peu exceptionnel par son histoire externe que par son contenu.

Si nous voulons, après ce classement des versions conservées de la légende, nous faire une idée de son développement et de ses origines, nous devons d’abord nous demander si elle contient un élément historique. M. Ferdinand Lot a prononcé la parole décisive, dès 1903, quand il a qualifié Doon de La Roche de « composition de pure fantaisie [2] ». Cet arrêt d’un spécialiste de l’histoire carolingienne n’a pas arrêté le zèle érudit de M. Benary, qui s’est obstiné à chercher dans F des données historiques. Naturellement, il a fini par trouver ce qu’il cherchait ; mais à quel prix ! Il identifie (p. 365 de son mémoire) Landri avec Landfrid, duc des Ala-

  1. On n’y voyait pas le jeune Louis prendre les armes pour venger sa mère ; le larron Grimoard n’y figurait pas non plus,
  2. Romania, XXXII (1902), 12.