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Page:Anonyme - Doon de la Roche.djvu/27

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fragments ; nous trouvons, dans le manuscrit, à côté de redouz 3210, qui correspond au redoz du fragment, deux autres exemples : menz 185, ratenz 2799. On sait que ces formes ne sont pas rares ailleurs [1]. — La première personne du singulier du présent de l’indicatif offre dans quelques cas un e final analogique : doute 3797, loe 4436, prie 3413, prise 4331. La troisième personne du singulier conserve parfois le t final du latin : at 1001, ait 1742, et vait (va) 267 ; de même au futur : pourat 3650, et au prétérit : servit 11. — La forme analogique parle 2674, pour parole, n’a rien d’étonnant, vu la date du manuscrit. — À l’imparfait, amot 44, pour amoit, peut s’expliquer par la réduction d’oi à o. — Au v. 1208, on lit euissient, pour eussent. — On trouve deux exemples de la deuxième personne du plur. du futur en -ois : seroit (pour serois) 83 et durerois 3009 [2]. — La désinence -ut de la troisième personne du singulier du prétérit est notée parfois -uit : congnuit 3856. — On trouve -etes et -estes, pour -astes, à la deuxième personne du pluriel du prétérit de la première conjugaison : melletes 4003, chaceste[s] 4005. — Nous avons vu que l’e protonique tombait parfois entre deux consonnes ; le même fait se retrouve naturellement dans les verbes : enarbrai 3106, getrai 2754, getrés 2738, mandrai 3101 ; en revanche, un e est inséré dans averoit 3212. Ici et là ces formes faussent le vers.

L’ensemble des faits que nous venons de passer en revue indique nettement la région de l’Est, et spécialement la Lorraine, comme patrie du scribe ; c’est dans le dialecte lorrain que nous retrouvons notamment deux des faits les plus frappants, la réduction d’ai à a et le

  1. Crienz et redouz, v. 160 de Jourdain de Blaie ; doins, v. 1063 de la Chevalerie Ogier, etc.
  2. Nous verrons plus loin que l’auteur du poème employait les formes en -oiz concurremment avec celles en -ez : ce trait peut par conséquent remonter à l’original.