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brun de la montaigne

590« Proesce et hardement, de ce soiez certaine ;
« Ceste demande n’est, je croy, pas trop vilaine,
« Car j’ameroie miex estre noiés en Saine,
« Ou estre ars ou pendus par la loy souveraine ;
« Que mes anfes fust mors en sus de mon demaine. »
595La dame respondi : « Vostre voulenté vaine
« Fait qu’il n’a en mon cors nerf, os, ne char, ne vaine
« Qui ne se mue en moy, tant ai dolour grevaine ;
« Et si que je ne sai comment je me demaine,
« Car mon enfant avrai perdu ceste semaine.

XXXIII[1]

600— Dame, » ce dit Butor, « ne vos courouciez mie,
« Je vous em pri, pour Dieu, com ma loialle amie,
« Si com amés de moy adès la seignorie,
« Que vostre voulenté soit a ce apliquie
« Que l’anfant me donnés tant que de vo partie,
605« Et je veu et promet a la vierge Marie
« Que c’ert li plus biaus dons c’onques en vostre vie
« Donnastes a mon cors dont vous estes chierie,
« Car amoureussement le vous requier et prie.
« Dame, ceste proiére or ne refusés mie,
610« Car elle vous sera, se je puis, bien merie,
« Et requeste d’ami ne doit estre oubli[i]e ;
« Quant vous estes de moy honnorée et servie,
(f° 15)« Refusser ne devez ceste premiére fie.

XXXIV[2]

— Sire, » respont la dame, « or entendés a mi :
615« Mon enfant vous otroi, puisqu’il vous plait ainsi,
« Mès je vous pri, pour Dieu, que vous pensés de li,
« Car on l’avroit errant estranglé ou murtri ;
« Et nous n’en avons plus, si que por ce le di

  1. — 600. Ms. or ne v.
  2. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées XXXIV