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brun de la montaigne

Et si ne li osoit riens dire de s’entente,
3730Mais le cuer li perçoit sa trés belle jouvente,
Si que sa voulenté s’en tenoit por contente.

CCXIV[1]

Ainsi fu en doulour Brun toute la vesprée
Desiqu’a l’endemain qu’il fu prime sonnée.
La dame a qui il ot descouvert sa pensée
3735A la dame qui est du fol Mannoir nommée
En sa chambre au matin est belement alée ;
Et encore n’estoit vestue ne parée,
(v°)Mais [ele se] gissoit moult bien encourtinée.
La dame est coiement dedens sa chambre entrée,
3740Si li dit en rïant : « Dame, s’il vous agrée,
« Vous estes loiaument en cest chastel amée. »
Quant la dame l’oy si en ot grant risée,
Car si grant joie en ot qu’a pou ne fu pasmée.
Quant elle ot assés ris, .j. pou fu trespensée,
3745Et dont après si eut la coulour enflambée,
Quant la dame li dit qu’elle estoit desirée.
Adont li dist : « De qui, haute dame honnorée ?
« Onques ne fu m’amour vraiement demandée,
« Si que par ce point ci cilz a non folz y bée
3750« Qui m’ainme et si n’en fu onques mercis rouvée.
« On ne doit pas donner chose qui n’est rouvée. »

CCXV[2]

Celle dit : « Il est voirs, dame, mès vous savez
« Que quant .j. cuers d’ami est bien enamourez,
« Il n’osse descouvrir les cent pars des grietez
3755« Que ses cuers est sentans quant il est refussez,

  1. — 3740. rïent. — 3748. demendée.
  2. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées CCXV