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brun de la montaigne

« Qui sera contrefais et de piés et de mains,
2835« Dont vostre cuer sera briement tristres et vains,
« Car en amour serés de tel courroie sains
« Que ja de bien amer ne sera vos cuers fains,
« Car par vertu d’amour n’avrés ne sois ne fains,
« Mais d’une amour ardant sera vos cuers atains
2840« Pour les fais amoureus dont vous serés destrains,
« Par le plaissir d’amour dont vous serés atains ;
« Car pour l’amour de lui ert si vos cuers destrains
« Conques cuers en amant n’ot tant ne cris ne plains.

CLXIII[1]

— Dame, » respondi Bruns, « quant congié avés pris
2845« Je vous ai en couvant et de ma foy plevis
« Qu’après vous m’en irai avant qu’il soit mardis. »
La fée respondi : « Non ferés, mes dous fils,
« Mais demourés encore avecques vos amis,
« Et n’amés pas si tost, si avrés bon avis,
2850« Tant que soiés plus grans et plus amanevis,
« Et que vous soiés plus montés en plus haut pris. »
Et quant Bruns l’entendi, si li fist .j. dous ris,
Puis li a ses .ij. bras au col laciés et mis,
Et li dit : « Chiére mére, or per je a tous dis
2855« La mére dont je fui si doucement nouris ? »
Quant la dame l’oy, si enbroncha son vis
Et pleura des dous iex en son vïaire asis,
Car pour l’amour l’enfant fu touz ses cuers espris
Ausi bien que s’il fust ses espoussés maris.

CLXIV[2]

2860(f° 60)Tout ainsi que la dame ot parlé a l’enfant,
Et qu’elle prist a lui congiet tout en pleurant,

  1. — 2859. Rubrique : Coment la fée qui ot nourri Brun de la Montai ngne se parti de Butor, et ne sorent qu’elle devint.
  2. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées CLXIV